EcoTroph : un outil de diagnostic de l'impact de la pêche à l'échelle des écosystèmes
 
 
Didier GASCUEL

Université Européenne de Bretagne, Pôle halieutique AGROCAMPUS OUEST,
UMR Ecologie et Santé des Ecosystèmes, 65 route de Saint Brieuc, CS 84215, 35 042 Rennes cedex
 

Le model EcoTroph est basé sur l'idée que la structure d'un écosystème peut être résumée à la distribution des biomasses par niveau trophique. Le fonctionnement de cet écosystème est alors modélisé de manière très synthétique en terme de flux de biomasse transitant  depuis les bas vers les hauts niveaux trophiques, en liaison avec les processus d'ontogénie et de prédation. Cette vision hyper-simplifiée, dans laquelle les espèces en tant que telles disparaissent du modèle, peut être considérée comme le stade ultime de l'utilisation des niveaux trophiques, dans le prolongement des modèles trophodynamiques de type "Ecopath with Ecosim". Elle fournit une vision évidemment caricaturale du fonctionnement de l'écosystème, mais cette vision s'avère pertinente, notamment pour analyser l'impact de la pêche.
En s'appuyant sur l'exemple de l'écosystème de Guinée, on montre ici comment le modèle EcoTroph peut être utilisé pour construire des fonctions de production par classe trophique et établir ainsi un diagnostic de l'impact de la pêche à l'échelle de l'écosystème. L'analyse s'appuie sur 2 types de paramètres d'entrée : d'une part, les captures et niveaux trophiques des différents groupes exploités (d'où on déduit le spectre trophique des captures ou CTS), et d'autre part, le spectre trophique des biomasses (BTS). Concernant ce dernier, deux estimations différentes issues de travaux antérieurs sont utilisées, avec l'objectif d'analyser la sensibilité du modèle. L'une s'appuie sur un modèle Ecopath de cet écosystème ; l'autre est issue d'une démarche simplifiée uniquement basée sur les données de capture (la Catch Trophic Spectrum Analyses ou CTSA). On simule ensuite des changements d'intensité de pêche, en appliquant aux taux d'exploitation actuels (i.e. dernière année connue) un multiplicateur d'effort compris entre 0 et 3.
On montre ainsi que la situation actuelle conduit à une division par trois (comparativement à l'état vierge) de la biomasse des plus hauts niveaux trophiques et à leur très nette surexploitation. A l'inverse, la capture des niveaux intermédiaires pourrait être augmentée mais ceci induirait une dégradation qualitative de l'état de santé de l'écosystème. Globalement, ces résultats sont peu sensibles aux données de BTS utilisées en entrée, ce qui montre l'intérêt de l'approche (CTSA et EcoTroph) dans les environnements data poor. Plus généralement, les résultats obtenus confirment et généralisent à l'échelle de l'écosystème les évaluations mono-spécifiques antérieurement réalisées.