Reconstruction et analyse des débarquements de la mer Celtique et du Golfe de Gascogne de 1950 à 2006

Sylvie Guénette1, Didier Gascuel1, Stéphanie Mahévas2

1 Université Européenne de Bretagne, Pole halieutique AGROCAMPUS OUEST, UMR Ecologie et Santé des Ecosystèmes, Rennes (France),
2 Ifremer, Département Ecologie et Modèles pour l'Halieutique, Nantes (France)


La zone de la mer Celtique et du Golfe de Gascogne fait l’objet d'une exploitation intensive depuis sans doute plus d'un siècle. Déjà importante dans l'entre-deux guerres, la pêche a repris en force après l’arrêt forcé de la Deuxième Guerre Mondiale, aidée par les subventions pour l’achat et la modernisation des bateaux, permettant un accroissement sans précédent de la capacité de pêche dans la région. Notre projet a pour but d’examiner l’impact de cette pression de pêche croissante sur l'écosystème mer Celtique- Golfe de Gascogne, en utilisant un modèle d'écosystème de type EwE.
La première étape, présentée ici, est de reconstituer les séries temporelles de captures, d'efforts et de biomasses des principales espèces exploitées dans la zone. Cette reconstruction s'appuie sur les données de la FAO, les rapports des groupes de travail du CIEM, et les statistiques françaises de l’ISPTM. Lorsque les statistiques de la FAO sont trop agrégées, les débarquements sont ventilés par sous-divisions, en se basant sur des informations auxiliaires ou sur des procédures ad hoc. Les mortalités par pêche et les biomasses d'une quinzaine de stocks évalués par le CIEM sont suivies de manière plus précise depuis le milieu des années 70.
On montre qu'après une augmentation initiale dans les années 50, les captures françaises sont demeurées relativement stables pendant la période considérée, et ceci malgré une augmentation très importante de l’effort et de la capacité de pêche. Cette apparente stabilité des  captures a été accompagnée par de fortes mortalités par pêche dès les années 1970 (ex. morue) et par des structures d’âges fortement tronquées (ex. merlu, langoustine). Le calcul d'un indice de PUE global, montre que la stabilité des débarquements masque en réalité une très forte diminution de l'abondance des ressources exploitées. Les captures des autres pays ont suivi une évolution similaire en ce qui concerne les espèces démersale. En revanche, les petits pélagiques, peu exploités par les flottilles françaises, ont vu leurs débarquements s'accroître très fortement depuis la fin des années 1960, avec en particulier des captures de maquereau de près de 39 000 tonnes en 1976 et des captures de chinchard qui atteignent 262 000 tonnes en 1995.
On analyse enfin les changements intervenus en terme de composition spécifique des captures, et en calculant deux indicateurs qualitatifs synthétiques : le niveau trophique moyen des prises et la taille asymptotique moyenne de espèces capturées. On montre ainsi que la stabilité des débarquements totaux (totaux de tous les pays) masque une diminution significative du niveau trophique moyen, et de la taille asymptotique moyenne, causée notamment par l'accroissement des débarquements de petits pélagiques.