Dynamique d’une nourricerie estuarienne : influence spatio-temporelle du débit fluvial sur le réseau trophique des juvéniles de sole (Solea solea, L.)

C. Kostecki1, J. Lanshere1, F. Le Loc’h2, J.-M. Roussel3, N. Desroy4, D. Huteau3, P. Riera5, H. Le Bris1, O. Le Pape1

1 AGROCAMPUS OUEST, UMR 985 Ecologie et santé des écosystèmes, Ecologie halieutique, 65 rue de Saint Brieuc, 35042 Rennes, France.
2 IRD, UR 212 EME, Avenue Jean Monnet, 34200 Sète, France.
3I NRA, UMR 985 Ecologie et santé des écosystèmes, Ecologie aquatique et Préservation des Espèces et Habitats aquatiques, 65 rue de St Brieuc, 35042 Rennes, France.
4 IFREMER, Laboratoire environnement – ressources, CRESCO, 38 Rue du Port Blanc, 35800 Dinard, France.
5 Station Biologique de Roscoff, UMR 7144 CNRS, Adaptation et Diversité en Milieu Marin, Place Georges Teissier, BP74, 29682 Roscoff Cedex, France.


Les estuaires sont qualifiés d’habitats halieutiques essentiels dans la mesure où ils servent de nourricerie pour de nombreuses espèces marines. De précédentes études dans la baie de Vilaine ont souligné la dépendance des juvéniles de sole (Solea solea, L.) vis-à-vis de l’estuaire. Elles ont également montré que l’étendue de la nourricerie de soles et le recrutement de cette espèce étaient positivement influencés par l’intensité du débit fluvial. L’objectif de la présente étude était i) de décrire le réseau trophique des jeunes soles de l’année et ii) de comparer les variations inter-annuelles des sources de matières organiques entrant dans le réseau trophique de la nourricerie. Pour cela, différents outils ont été employés : l’analyse des contenus stomacaux des juvéniles de soles, l’étude de la macrofaune benthique et l’analyse des isotopes stables du carbone et de l’azote sur l’ensemble de la chaîne trophique. Les prélèvements en estuaire ont été réalisés pendant quatre années qui correspondent à des situations contrastées en termes de débit de la Vilaine. La signature isotopique en carbone des sources de matière organique ainsi que des juvéniles de sole et de leurs proies, les contenus stomacaux de ces juvéniles ainsi que la composition faunistique et les densités des invertébrés benthiques concordent à expliquer un même mécanisme. Il est montré notamment que l’influence terrigène est plus marquée et s’étend plus loin vers le large lorsque le débit fluvial est fort. De ce fait, les apports terrigènes semblent augmenter la production de la faune benthique à affinité estuarienne qui constitue les proies préférentielles des juvéniles de sole. Ce processus trophique permet d’expliquer, au moins en partie, que l’extension spatiale de la nourricerie et le recrutement de la sole soient positivement corrélés au débit fluvial.