Compétition spatiale entre crépidules et poissons plats en baie du Mont Saint Michel

 
C. Kostecki1, R. Girardin1, S. Rochette1, M. Blanchard2, O. Le Pape1

1Agrocampus Ouest, UMR 985 Ecologie et santé des écosystèmes, Ecologie halieutique, 65 rue de Saint Brieuc, 35042 Rennes, France.
2 IFREMER, Laboratoire Benthos, département DYNECO, BP70, 29280 Plouzané, France.

  

Les zones côtières telles que les estuaires et les baies servent de nourriceries pour les juvéniles de nombreuses espèces marines. La baie du Mont Saint Michel (BMSM) comporte un peuplement ichtyologique diversifié et constitue l’une des principales nourriceries de la Manche pour de nombreuses espèces d’intérêt commercial, telles que le bar, les poissons plats, les clupéidés et les raies. Cependant la baie héberge une espèce invasive, la crépidule (Crepidula fornicata, L.), dont les premiers individus sont arrivés dans les années 1970 et qui représente actuellement la plus forte biomasse des organismes filtreurs de la baie (250 Mt). De récentes études ont mis en avant l’impact négatif de ce gastéropode sur la densité des juvéniles de sole dans les nourricerie du golfe de Gascogne. Dans la présente étude, l’effet de la propagation des crépidules dans la BMSM sur la répartition spatiale des poissons plats (la sole Solea solea, L. ; la plie Pleuronectes platessa, L. ; la barbue Scophthalmus rhombus, L. ;  la limande Limanda limanda, L. et le flet Platichthys flesus, L.) a été analysé. Les données, collectées lors de campagnes réalisées au début des années 1970 et à la fin des années 2000, ont été interpolées pour réaliser des cartes de la distribution spatiale de la crépidule et de ces cinq espèces dans la baie. Il y a 30 ans, les crépidules n’étaient présentes que sur le banc des Corbières ; elles occupent actuellement près de la moitié de la baie. Cette prolifération a engendré une diminution de la surface disponible pour les poissons plats et un déplacement massif de ces populations. Cette étude a mis en évidence l’influence néfaste de l’extension de la crépidule dans cette baie sur sa fonction d’habitat halieutique. Cet effet négatif semble lié à la modification de substrat consécutive à cette invasion, plus qu’au captage d’une partie importante de la chaîne trophique par ce mollusque. Il est également possible que cette invasion porte atteinte à d’autres espèces benthiques ou démersales, telles que les raies.