Signatures chimiques des otolithes de poissons : un indicateur potentiel du stress hyperhalin dans les estuaires africains

LABONNE Maylis1, MARTINO Aurélia1,2, PANFILI Jacques3, DURAND Jean-Dominique4, BRUGUIER Olivier5 et VIGLIOLA Laurent2

(1) IRD, UMR LEMAR, Centre de Bretagne, BP 70, 29280 Plouzané, France [Maylis.Labonne@ird.fr]
(2) IRD, UR 070 RAP, Centre de Bretagne, BP 70, 29280 Plouzané, France [Laurent.Vigliola@ird.fr]

(3) IRD, UMR 5119 ECOLAG, Université Montpellier 2, cc 093, Place Eugène Bataillon, 34095 Montpellier Cedex 5, France [panfili@ird.fr]
(4) IRD, UMR 5119 ECOLAG, BP 1386, 18524 Dakar, Senegal [Jean-Dominique.Durand@ird.sn]
(5) UMR 5243 Geosciences Montpellier, Université Montpellier 2, cc 060, Place Eugène Bataillon, 34095 Montpellier Cedex 5, France [Olivier.Bruguier@gm.univ-montp2.fr]

 

Les changements climatiques globaux accentuent les périodes de sécheresse en Afrique de l’Ouest, ce qui induit la formation de zones aquatiques hyperhalines et pose la question de la capacité des organismes estuariens à s’adapter à ce stress environnemental. La signature chimique des otolithes permet de retracer l’histoire environnementale des poissons et ainsi d’étudier leur capacité à s’adapter au stress hyperhalin. Dans ce travail, les signatures microchimiques des otolithes de Mugilidae d’Afrique de l’Ouest ont été caractérisées par ICP-MS laser et comparées avec celles de l’eau environnante afin de valider leur utilisation comme enregistreur des paramètres du milieu. Six espèces de Mugilidae (626 individus) et 204 échantillons d’eau ont été collectés au cours des saisons sèche et humide 2007 le long de deux estuaires ouest-africains, l’estuaire hypersalé (S>60) du Saloum au Sénégal et celui à fonctionnement classique (S<40) de la Gambie. La concentration des éléments dans l’eau était corrélée à la température et à la salinité, parfois fortement (R2=0.97 entre salinité et Strontium). Des analyses discriminantes ont montré que la composition chimique de l’eau permettait de discriminer les sites, saisons et estuaires avec une précision de 80% à 100%. Les corrélations entre les éléments présents dans les otolithes et dans l’eau n’étaient pas toujours significatives. Néanmoins, les otolithes présentaient des signatures chimiques suffisamment spécifiques pour discriminer avec une bonne précision (69-99% selon les espèces) les origines des poissons. Dans l’eau, les principaux éléments chimiques discriminants étaient le Sr, Ba, Mn, Ca et Mo alors que dans les otolithes, il s’agissait du Sr, Ba, Mg, Zn et Fe. Ces résultats suggèrent que la microchimie des otolithes devrait permettre le développement d’indicateurs du niveau de stress hyperhalin subis par les poissons.