Auto-alimentation en larves : Un cercle vicieux pour les soles de l’estuaire de la Seine ?
 
Rochette Sébastien
1, Huret Martin2, Rivot Etienne1, Le Pape Olivier1

1 AGROCAMPUS OUEST, Laboratoire d’Ecologie halieutique, UMR ESE 985, INRA –, 65 rue de St Brieuc, CS 84215, 35042 Rennes, France.
2 IFREMER, Département Ecologie et modèles pour l’halieutique, rue de l’ile d’Yeu, B.P. 21102, 44311 Nantes, France.

 
 
Les estuaires et les zones côtières sont des habitats halieutiques essentiels pour de nombreuses espèces marines, notamment en raison de leur rôle de nourricerie pour les juvéniles de ces espèces. Ainsi, la survie des populations dépend de la qualité de ces secteurs.
La Seine est un fleuve subissant une forte contamination chimique et la corrélation entre les faibles densités de juvéniles de poissons marins et cette contamination a été démontrée. De récents travaux ont aussi révélé la faible contribution de ce secteur au stock de juvéniles de sole de la Manche Est.
Toutefois, il n’est pas établi que les faibles densités de soles observées dans l’estuaire de la Seine soient la conséquence du niveau de contamination. En effet, un hydrodynamisme défavorable entraînant un mauvais approvisionnement en larves pourrait aussi expliquer ce phénomène.
Afin de tester cette hypothèse, nous avons simulé la dérive larvaire entre les zones de pontes et les nourriceries de la Manche Est grâce à un modèle hydrodynamique intégrant le comportement des œufs et des larves de sole.
Ces simulations ont permis de montrer que la ponte alimente la Seine et la Baie des Veys avec des quantités de larves équivalentes alors que les densités de juvéniles sont sensiblement plus faibles en Seine, mettant en évidence une mortalité plus forte des juvéniles sur cet estuaire contaminé. Elles démontrent aussi que la répartition non uniforme des frayères en Manche Est influence fortement le nombre de larves qui arrivent sur les secteurs de nourricerie.
En baie de Seine, la population de soles pourrait être confrontée à une sorte de cercle vicieux puisque les nourriceries seraient moins bien alimentées par les frayères locales. Aux moindres densités de juvéniles en estuaire de Seine, du fait de mortalités supérieures, viendrait s’ajouter des apports de larves plus faibles à mésoéchelle  à cause d’un nombre limité de géniteurs issus de ces nourriceries.