Evaluation de l’impact de la pêche et du climat sur la dynamique du stock de poulpe au Sénégal (1996-2005)

Modou THIAW1,2, Didier GASCUEL2 et Didier JOUFFRE1,3

1 Institut de Recherche pour le Développement (IRD), US Osiris, Dakar (Sénégal),
2 Université Européenne de Bretagne, Pole halieutique AGROCAMPUS OUEST, UMR Ecologie et Santé des Ecosystèmes, Rennes (France),
3 Institut de Recherche pour le Développement (IRD), Laboratoire ECOLAG (UMR 5119), Université Montpellier II, Montpellier (France).



Le poulpe (Octopus vulgaris) constitue une ressource halieutique de première importance, fortement exploitée dans les trois pays de l'Afrique de l'ouest : Sénégal, Mauritanie et Maroc. Il s'agit d'une espèce à vie courte, dont l'abondance et la production sont très variables d'une année à l'autre, en liaison notamment avec l'influence du climat sur le recrutement. Ainsi au Sénégal, depuis la première apparition significative de cette ressource durant l’été 1986, les quantités annuelles débarquées oscillent entre 450 tonnes (1987) et 17 000 tonnes (1989, 1992), approchant même 40 000 tonnes en 1999, année de très forte abondance issue d’un recrutement exceptionnel.
La présente étude a pour objectif d'analyser l'impact respectif de l'environnement (qui se fait sentir essentiellement sur le recrutement) et de la pêche, sur l'abondance du stock de poulpes présent au large du Sénégal. La dynamique du stock est modélisée en recourant à une approche structurale, menée sur un pas de temps mensuel pour tenir compte de la faible longévité et de la forte productivité de cette espèce. Dans un premier temps, une analyse des cohortes est conduite afin d'estimer le recrutement et d'analyser la dynamique du stock et de la pêcheries au cours de la période 1996 à 2005. Dans un second temps, on simule les captures qui auraient été obtenues au cours de cette période pour différents niveaux d'effort de pêche, en comparant notamment la situation actuelle à une situation de non-pêche. Les changements de biomasse et de production observés d'années en années sont ainsi décomposés en 2 termes, l'un lié au recrutement et l'autre à une biomasse ou un rendement par recrue.
Les résultats de l’analyse des cohortes mettent en évidence une forte variabilité saisonnière de la biomasse du stock, liée au caractère printanier du recrutement. On montre que le recrutement total annuel, extrêmement variable en intensité et en durée saisonnière, est significativement corrélé à l'indice d'upwelling et à la SST. A l'inverse, l'impact de la pêche, exprimé en terme de biomasse relative par recrue, varie peu d'une année à l'autre et le stock reste toujours proche de la pleine exploitation voire d’une légère surexploitation. Dans ce contexte d'impact massif de l'environnement sur le biomasse du stock et sur la production, on montre que les indicateurs usuels Emax, (SSB/R)max et (Y/R)max restent pertinents en matière d'aide à la gestion des pêches.


Mots clés : Afrique de l’Ouest, Octopus vulgaris, dynamique des populations, recrutement, environnement, diagnostic, indicateurs.